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Carmen à la portée des enfants

« Avec Car­men, les enfants ver­ront la beau­té de la musique, l’ampleur d’un orchestre au com­plet, les cou­leurs, l’énergie. »

Entretien avec Sophie van der Stegen, dramaturge et metteuse en scène du spectacle Carmen, l’oiseau rebelle, à l’affiche de l’OPRL du 13 au 15 mars

Pour­riez-vous rap­pe­ler en quelques mots l’histoire de Car­men ?

Car­men, une jeune femme libre, fait cha­vi­rer Don José, un sol­dat déchi­ré entre devoir et pas­sion. Quand elle tombe amou­reuse du toréa­dor Esca­mil­lo, la jalou­sie de Don José le conduit au meurtre. C’est cette tra­gé­die que nous réin­ven­tons ici pour les enfants, en pri­vi­lé­giant la musique et l’imaginaire.

Com­ment pré­sen­ter ce spec­tacle à un enfant ?

Ici, on pro­pose une ver­sion orches­trale, ample et lumi­neuse, qui per­met d’aborder l’œuvre autre­ment. Les enfants vont sur­tout décou­vrir la puis­sance d’un grand orchestre : cette musique résonne, sur­prend, impres­sionne. C’est une porte d’entrée idéale.

La mis­sion est claire : per­mettre aux plus jeunes d’entrer en contact avec un orchestre sym­pho­nique, de sen­tir sa vibra­tion, de com­prendre sa dyna­mique humaine. C’est vrai­ment mon point de départ dra­ma­tur­gique.

Qu’est-ce qui vous a gui­dée dans l’adaptation pour un public fami­lial ?

D’abord, une anec­dote amu­sante : le direc­teur de l’Opéra-Comique avait sup­plié Bizet de ne pas faire mou­rir Car­men, car ce n’était « pas une his­toire pour les familles ». Plus de 150 ans plus tard, la ques­tion reste la même ! Ensuite, j’ai vou­lu reve­nir à l’essence de cette série : L’Orchestre à la por­tée des enfants. La mis­sion est claire : per­mettre aux plus jeunes d’entrer en contact avec un orchestre sym­pho­nique, de sen­tir sa vibra­tion, de comprendre sa dyna­mique humaine. C’est vrai­ment mon point de départ dra­ma­tur­gique.

Com­ment envi­sa­gez-vous d’intégrer la musique de Bizet au récit ?

Je laisse encore mûrir l’écriture. Mais trois pistes me portent…

La pre­mière : l’idée d’une réa­li­té alter­na­tive. Et si Car­men ne mou­rait pas ? Et si elle reve­nait comme un fan­tôme bien­veillant pour racon­ter sa ver­sion ?

La deuxième : l’orchestre comme lieu de drame. Les musi­ciens par­tagent des ten­sions, des com­pli­ci­tés, des pas­sions : c’est un vivier nar­ra­tif incroyable. J’ai pen­sé au Pro­va d’orchestra de Fel­li­ni, où une répé­ti­tion dégé­nère joyeu­se­ment.

La troi­sième : sur­prendre. Que l’orchestre semble par­fois se déré­gler, se trans­for­mer, s’animer autre­ment. Tout cela don­ne­ra une dra­ma­tur­gie ludique et sen­sible.

Pour­quoi Car­men reste-t-elle une héroïne aus­si fas­ci­nante ?

Parce que la musique est un choc. On ne s’en lasse pas. Et parce que Car­men dit non : non aux limites qu’on veut lui impo­ser, non à la peur. Elle incarne une liber­té qui résonne for­te­ment aujourd’hui. Même Don José n’est pas un « méchant » sim­pliste : il y a une part de ten­dresse en lui. On sent qu’une autre fin aurait été pos­sible. Cette com­plexi­té fait que l’œuvre conti­nue de nous par­ler à l’ère MeToo.

Le spec­tacle com­por­te­ra-t-il humour et émo­tion ?

Tou­jours. J’aime intro­duire un « grain de sable » dans la solen­ni­té d’un orchestre sym­pho­nique. Comme cacher des acro­bates par­mi les musi­ciens ou faire voler une flû­tiste. On joue avec les codes, on les détourne. Et en paral­lèle, il y aura de vrais moments poé­tiques, comme l’Inter­mez­zo flûte-harpe, par­fait pour faire appa­raître Car­men comme une vision.

Par­lez-nous de la col­la­bo­ra­tion avec la com­pa­gnie Back Pocket.

Le lien entre Car­men et le cirque est presque orga­nique : l’arène, la fête, le dan­ger. Back Pocket tra­vaille depuis long­temps avec des ensembles clas­siques. Ils savent s’adapter à un orchestre, à son rythme et à ses contraintes. Leur humour, leur pré­ci­sion et leur rap­port ludique à la scène cor­res­pondent par­fai­te­ment à cette adap­ta­tion.

Avez-vous déjà ima­gi­né la scé­no­gra­phie ?

L’orchestre occupe presque tout l’espace, donc la scé­no­gra­phie doit être légère, mobile, plus sym­bo­lique que spec­ta­cu­laire. Avec Sarah Bru­no­ri, nous explo­rons des solu­tions qui per­mettent aux acro­bates de s’exprimer sans encom­brer la scène. Le centre du dis­po­si­tif, c’est l’orchestre lui-même.

En quoi cette créa­tion se dis­tingue-t-elle de vos pro­jets pré­cé­dents ?

C’est la pre­mière fois que je tra­vaille avec un orchestre sym­pho­nique com­plet, et la pre­mière fois aus­si avec des acro­bates. Mais l’objectif reste fidèle à mes prio­ri­tés : rendre la musique acces­sible, poé­tique et joyeuse pour les enfants.

Pour­quoi est-il essen­tiel d’offrir de grandes œuvres du réper­toire aux enfants ?

Ce sont des graines. On ne sait jamais ce qui va éclore : une envie de jouer d’un ins­tru­ment, de reve­nir écou­ter de la musique, ou sim­ple­ment la décou­verte qu’un monde nou­veau existe. La musique sym­pho­nique sti­mule le cer­veau, la concen­tra­tion, la sen­si­bi­li­té. Elle ouvre vrai­ment des portes.

Que sou­hai­tez-vous que les enfants retiennent en sor­tant ?

La force du son. La vibra­tion de l’orchestre. Le moment où la musique devient une émo­tion phy­sique. Si les enfants res­sortent avec cette sen­sa­tion-là, alors on a gagné.

Pro­pos recueillis par Éric Mair­lot, en ligne sur le site de l’o­prl https://www.oprl.be/fr/actualites/interview-sophie-van-der-stegen-carmen

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