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Theo Ould dans l'atelier de l'artiste!

Regardez Théo Ould dans l'émission de Lea Salamé, le 2 mars dernier.

Une interview donnée par Théo Ould à France Musique - à lire en entier ici

France Musique : Comment êtes-vous venu à l'accordéon ?

C'est le premier instrument que j'ai choisi, un petit peu par hasard. Personne dans ma famille n'était musicien, donc il n'y avait personne pour orienter mon choix. Au Conservatoire, c'est l'instrument que j'ai vu en premier et ce qui m'a frappé, c'était le côté jouet. C'était vraiment l'objet en lui même, pas du tout la musique ou le son qu'il pouvait faire. J'ai eu envie de le prendre pour jouer avec, parce que pour moi, c'était une machine à écrire, les commandes d'un vaisseau spatial, un ordinateur. Pendant toute mon enfance, j'ai joué avec, je m'imaginais être Monsieur le Maire qui doit taper un texte, je le mettais sur mon bureau et c'était ma machine à écrire. A un moment donné, j'ai cessé de jouer à l'accordéon et j'ai joué un peu plus d'accordéon.

Personne n'était musicien, mais il y avait quand même beaucoup de musique à la maison, dans beaucoup de genres différents d'ailleurs, et donc je chantais énormément étant petit. Il y avait des disques : Boris Vian, Brassens, des choses comme ça. J'ai énormément chanté sur les textes des grands poètes. Il y avait un label qui avait lancé toute une série de chanteurs qui chantent les grands poètes : Baudelaire, Aragon, je connaissais les poèmes par cœur. Ma mère écoutait aussi beaucoup de rock, les Pink Floyd, la musique sud-américaine aussi, Piazzolla... Et puis, la musique classique, je l'ai notamment découverte avec le film de Milos Forman, Amadeus. J'ai dû le voir pour la première fois quand j'avais trois ans, et entre mes trois et dix ans j'ai du le voir 150 fois, ça m'avait bouleversé. Je passais des heures devant la glace à essayer de reproduire les gestes de l'acteur qui dirigeait. Avec tout ça, ma mère s'est dit : "Il doit bien aimer la musique. Ça vaut le coup d'aller voir du coté du Conservatoire, on peut peut-être lui trouver quelque chose."

Ma mère est professeure de lettres, donc on allait au théâtre, au musée, aux concerts de rock... Le premier opéra que j'ai vu, c'était Wozzeck, ce qui n'était pas forcement le choix le plus facile.

Auriez-vous aimé rencontrer un compositeur, vivant ou mort ?

Des vivants, j'en rencontre pas mal, j'ai de la chance. Mozart, c'est quand même quelqu'un que j'aurais aimé rencontrer, de ce qu'on sait de son tempérament, de son côté solaire un peu fou, ça me dirait bien.

Qu'est-ce que vous aimez dans votre instrument ?

Cet esprit créatif, cette liberté qu'il m'a permis et qui aujourd'hui me motive et m'enthousiasme. Parce que forcément, avec l'accordéon, on n'a pas beaucoup de répertoire, donc il a fallu tout inventer, tout créer. Même quand ce sont des pièces qui existent déjà, c'est à dire des arrangements qu'on crée, ils sont inédits. (...)

Ce que j'aime vraiment dans la musique, c'est de créer quelque chose. Je ne suis pas compositeur, je ne sais pas composer, je ne suis pas écrivain, je ne sais pas écrire. Mais quand je pense à un projet, je le crée en partie. Dans mon prochain album, il y a la moitié des pièces que j'ai commandées, l'autre moitié qui sont des arrangements inédits. C'est certes une contrainte de l'accordéon puisqu'on n'a pas beaucoup de répertoire, mais finalement ça en fait une force.

Vous impulsez sans cesse de nouveaux répertoires pour votre instrument. Le vivez-vous comme un engagement ? Quel est selon vous le rôle du musicien que vous êtes dans la société ?

Il est important d'être conscient et en résonance avec le monde dans lequel on vit, que l'on soit un musicien ou un artiste. De manière générale, il y a une façon de sentir la société, peut être un peu subtile, indicible même. Les grands artistes, qu'ils soient vraiment engagés dans une cause ou alors simplement de par leur art, se doivent d'y être sensibles. Nous nous retrouvons à un moment où les nostalgiques d'une vieille époque passée, dorée, n'ont plus trop cours.  Après, avec la musique classique, c'est toujours délicat d'être ouvertement engagé. Pour ma part, je ne donnerai jamais de leçons à personne sur sur le sujet. J'essaie toujours d'être en accord avec des idées qui sont, à défaut d'être politiques sur le court terme, plutôt des idées philosophiques, humanistes. Après, j'aime bien aussi l'idée de me dire qu'à chaque fois que je monte sur scène, je rencontre un public qui est d'un milieu social, générationnel, culturel, très différent. Et c'est ça aussi qui fait la richesse de mon métier. C'est de me dire que je joue aussi devant des gens qui n'ont pas mes opinions. Cela permet quand même une rencontre, et on est de plus en plus dans une société où les gens ne se rencontrent pas vraiment puisqu'on reste dans nos milieux, en l'occurrence pour nous les musiciens, relativement bourgeois et parisien. D'aller au contact de ces gens, moi qui ai  grandi à Marseille, puis à Paris, c'est un engagement pour moi.

Votre instrument est très ancré dans la culture populaire. Cela en fait-il pour autant un passeport qui facilite l'accès à la musique d'un public plus divers ?

C'est un peu à double tranchant. Parfois, quand je joue en solo,  il y a des gens qui vont venir en pensant qu'ils vont écouter un bal musette, des valses ou des choses comme ça, et donc ils sont très déçus et viennent me dire "Ah bon ? Bah écoutez, on a été très surpris, on a bien aimé, mais on aurait bien aimé une petite valse." Ou alors les autres qui découvrent et viennent non pas vraiment pour  l'accordéon, mais parce qu'ils font confiance au programmateur du festival. Eux me disent :  "Oh là là, mais je n'aurais jamais pu penser que l'accordéon pourrait sonner comme ça, c'est une grande découverte." Ce sont souvent les fidèles d'un festival que l'on voit notamment dans des endroits assez ruraux, les gens y vont depuis quinze ans, peu importe ce qui se joue, ils sont heureux, ils retrouvent les amis, globalement ils sont contents et ils reviennent. Dans les endroits où on repasse, c'est finalement le plus appréciable. Les gens suivent le travail et ils parlent directement de l'interprétation d'un programme, ce qui est la plus grande récompense qu'on puisse avoir .


Theo Ould en concert dans l'atelier d'Isabelle de Borchgrave, c'est le prochaine concert (en) poche de la Cie Artichoke, le jeudi 18 avril 2024! Infos et tickets ici

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